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Pizzaballa : le chagrin n’éteindra pas l’espérance

Dimanche 29 mars, en lieu et place de la traditionnelle procession des Rameaux, le patriarche des latins, a présidé une prière au sanctuaire de Gethsémani. Après " l’incident " du matin au Saint-Sépulcre, les mots de la méditation du Cardinal Pizzaballa résonnait avec force.


 

 

Chers frères et sœurs dans le Christ, 
que le Seigneur vous donne la paix. 

Nous sommes ici à Gethsémani, le lieu où Jésus, ayant atteint le point culminant de son pèlerinage vers Jérusalem, s’est arrêté et a pleuré. Son regard ne s’est pas posé sur les murs majestueux ni sur la splendeur du Temple ; il a pénétré le cœur de la ville qu’il aimait, et là, il a vu sa difficulté à reconnaître le temps de la grâce. 

En cet après-midi du dimanche des Rameaux, nous nous réunissons sans procession, sans agiter de rameaux dans les rues. Cette absence n’est pas seulement une question de forme. C’est la guerre qui a interrompu notre cheminement festif, rendant difficile même la simple joie de suivre notre Roi. 

Nos frères et sœurs de Terre Sainte ne peuvent aujourd’hui remplir les rues ni unir leurs voix à la procession festive. Leur absence n’est pas vaine devant le Seigneur. Il ne recherche pas les routes triomphales, mais il entre là où la porte reste entrouverte, là où la fidélité quotidienne devient le pain de chaque jour. 

Nous sommes certains que le Crucifié et le Ressuscité ne cesse de marcher parmi nous : même lorsque la route est bloquée, il demeure dans le cœur de ceux qui n’ont pas cessé de le suivre. Et c’est précisément dans ce silence imposé que la liturgie devient plus authentique. Le cri « Hosanna » n’a pas besoin de rameaux pour s’élever vers le ciel, et la foi ne vacille pas lorsque les rites extérieurs sont dépouillés. 

Aujourd’hui, Jésus pleure une fois de plus sur Jérusalem. Il pleure sur cette ville, qui demeure un signe à la fois d’espérance et de douleur, de grâce et de souffrance. Il pleure sur cette Terre Sainte, encore incapable de reconnaître le don de la paix. Il pleure pour toutes les victimes d’une guerre qui semble sans fin : pour les familles divisées, pour les espoirs brisés. Mais les larmes de Jésus ne sont jamais stériles : elles ouvrent nos yeux, nous interpellent et révèlent la vérité. 

L’Évangile de la Passion que nous venons d’entendre nous montre comment Jérusalem a répondu à cet amour. Nous avons entendu la trahison de Judas, le reniement de Pierre, le silence de Pilate et les cris de la foule réclamant la croix. Nous avons vu le Seigneur dépouillé, couronné d’épines, cloué entre deux criminels, raillé par les passants. Les ténèbres semblent avoir le dernier mot.

Et pourtant, un fil lumineux et ininterrompu traverse ces pages : Jésus reste fidèle jusqu’à la fin. Il remet son esprit entre les mains du Père ; la terre tremble, les rochers se fendent, et en ce moment dramatique, le centurion proclame : « Vraiment, celui-ci était le Fils de Dieu ! » (Mt 27, 54). 

Ce détail continue de nous interpeller aujourd’hui. Le centurion est un soldat, un homme façonné par la logique de la force, par un pouvoir qui s’impose. Par sa profession, il mesure le succès à la domination, à la victoire, au contrôle. 

Et pourtant, face à cet homme cloué sur la croix – face à un amour qui ne se défend pas, face à une fidélité qui ne recule pas même devant la mort –, ses critères s’effondrent. Il découvre que le véritable pouvoir ne réside ni dans la violence ni dans l’épée qui tue, mais dans une vie donnée librement. 


Et ainsi, il fait la plus haute confession : cet homme est le Fils de Dieu. Au moment même où la mort semble triompher, la vérité se révèle, l’amour se manifeste et le salut s’accomplit. 

Aujourd’hui, alors que la guerre semble étouffer toute parole de paix, ici – là où Jésus a pleuré –, nous pouvons entendre résonner cette même confession. La parole ultime de Dieu, c’est le tombeau vide. C’est le Seigneur qui précède les disciples en Galilée et qui nous précède aussi, nous conduisant vers une paix qui n’est pas une illusion, mais le fruit de la croix. 

« Si seulement tu avais reconnu, en ce jour, ce qui donne la paix » (Lc 19, 42). 
La paix que Jésus offre n’est pas un accord fragile entre ennemis, mais une paix née de la croix – une paix qui vient d’un Dieu qui se donne totalement et n’a besoin ni de force ni d’armes. Tel est le paradoxe que nous sommes appelés à accueillir aujourd’hui. 

Jérusalem, la Terre Sainte, n’est pas seulement un lieu géographique ; c’est le cœur battant de notre foi. Chaque pierre y parle du salut ; chaque colline porte la mémoire du Dieu qui a choisi de se faire proche. Vivre la foi sur cette terre, c’est accepter la contradiction qu’elle incarne : le lieu de la résurrection est aussi celui du Calvaire ; le lieu de l’étreinte de Dieu est encore marqué par trop de haine. 

Pourtant, depuis ce lieu saint, nous apprenons à regarder la ville avec les yeux du Christ. Nous apprenons à pleurer avec lui, mais aussi à espérer avec lui. Car cette même Jérusalem qui a rejeté le Prince de la Paix a aussi été témoin du tombeau vide. La guerre n’effacera pas la résurrection. Le chagrin n’éteindra pas l’espérance. 

Aujourd’hui, nous ne portons pas de rameaux en procession. À la place, nous portons la croix – une croix qui n’est pas un fardeau inutile, mais la source de la paix véritable. Nous n’agitons pas de branches d’olivier ; nous choisissons plutôt de devenir des artisans de réconciliation, à travers chaque geste, chaque parole, chaque relation. 

Frères et sœurs, sur cette terre qui continue d’attendre la paix, nous sommes appelés à être les témoins d’un amour qui n’abandonne jamais. Que notre chemin de foi, aujourd’hui encore, soit un chemin d’espérance. Et que nos vies, même au cœur des épreuves présentes, apportent l’amour du Christ et sa lumière partout où les ténèbres semblent régner. 

Amen. 

 

Saint Ange : Bienheureux Frère Angelo de Pise, religieux-prêtre du Ier ordre.

Né à Pise en Toscane vers 1194, il est reçu chez les franciscains par St François lui-même. Envoyé en France en 1217, Agnello est le premier gardien (ou provincial ou supérieur) des frères arrivés à Saint-Denis, près de Paris. Il se conduit avec tant de sagesse que le peuple, autant que ses frères, le tient pour homme de grande sainteté.

Au chapitre général de 1223, François place Agnello, qui n'est encore que diacre, à la tête d'une petite escouade de frères destinés à se rendre en Angleterre.

Chargé d'y implanter l'Ordre avec huit compagnons, il s'implante Cantorbery. Ils sont si pauvres que l'un d'entre eux faillit mourir de froid, faute de bois de chauffage. De nombreux couvents sont fondés.

Ayant compris l'importance des études pour la formation des frères, Agnella crée à Oxford un studium bientôt de renommée internationale. De nombreux étudiants se joignent à eux, dont le célèbre Roger Bacon. Angelo devint même le pacifique conseiller du roi d'Angleterre, Henri III ; ainsi que le porte-parole des évêques, ce qui lui permit de les réconcilier avec le Pape.

Vénéré par ses frères, il meurt à Oxford le 13 mars 1236 en ne cessant de répéter "Viens, très doux Jésus.".

Son culte sera confirmé par Léon XII.



Cité au Martyrologe romain.

 

Source :

  • Sanctoral Franciscain édition 2016, p. 112
  • Nominis. 
  • Nouvelle Evangélisation

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